NDËP (Le Podcast)

NDËP Ndep est un podcast qui questionne les violences structurelles des systèmes de santé en Afrique : décès maternels évitables, malades privés de soins faute de moyens, et exclusion des médecines traditionnelles. À travers des réflexions sur la réindustrialisation pharmaceutique et la digitalisation des soins, nous explorons des solutions pour humaniser l’hôpital, restaurer la dignité des patients et repenser la santé sur le continent.

  • Bien accoucher: les pratiques régénératrices des matrones
    by Oumy Thiongane on décembre 17, 2025 at 4:27 pm

    Dans cet épisode nous avons conversé avec l’anthropologue de la santé et Professeur Obrillant Damus, un réhabiliteur des savoirs et des pratiques qui montre que la fin des matrones n’est pas advenue à Haiti. Nous allons découvrir et comprendre la richesse et la complexité du rôle médical et social des matrones accoucheuses et médecins feuilles de Haiti dans l’aide à la naissance.Là bas, ils ont survécu à la tentative d’effacement de leurs connaissances et résistent à la position imposée d’auxiliaire de soin de la médecine hospitalière. Les professionnels de l’obstétrique traditionnel à Haiti prédominent dans le processus de naissance dans un contexte où l’hôpital manque de tout et ne garantit pas la survie de la parturiente et de son enfant.Pour aider les femmes à accoucher les matrones chantent, veillent, préparent des décoctions de plantes, des libations, des bains de feuilles. Elles accompagnent les parturientes sans juger et sans forcer la naissance, elles veillent et soignent pendant et aprés l’accouchement. Elles réparent les corps des femmes en souffrance qui ont achevé de donner la vie. Elles continuent à participer à restaurer la forêt en plantant un arbre avec le cordon ombilical, en puisant dans les ressources végétales tout en promouvant la biodiversité.Pour aller plus loinDamus, Obrillant. Anthropologie de l’accouchement à domicile: Les mères les matrones et les sages-hommes traditionnels d’Haïti prennent la parole. Presses Universitaires des Antilles, 2021.Damus, Obrillant, Simonnet Christine Focquenoy, Qiang Chen, Thomas Catherine, et Rosa Renata de Melo. Le rôle des savoirs du Sud dans la durabilité humaine, écologique et planétaire. Les Éditions de l’Université de Sherbrooke. 2025. https://hal.science/hal-05302542/.Musique: "Journey To Ascend" Kevin MacLeod - Licensed under Creative Commons : By Attribution 4.0 License http://crativecommons.org/licenses/by/4.0/Prod: ⁠⁠Les Studios du Sud

  • « Opération Bangui »: Enquête exclusive sur l’exploitation secrète des soldats africains pour la recherche sur le sida
    by Oumy Thiongane on octobre 31, 2025 at 8:27 am

    Tout commence par une rumeur : dans les années 1980, des chercheurs auraient inoculé le VIH à des militaires centrafricains pour l’étudier. Une histoire fausse — mais terriblement révélatrice.À travers Opération Bangui, notre invité le Professeur Pierre Marie David explore comment ces rumeurs ont pu naître, et surtout ce qu’elles disent des relations postcoloniales dans la recherche biomédicale. Entre Bangui, Paris et Brazzaville, il retrace la trajectoire d’une épidémie qui a mis à nu les liens complexes entre science, armée et pouvoir.Sous le sceau du secret, cette recherche incarne ce que Pierre Marie David appelle l’extractivisme biomédical : un système où les ressources corporelles du Sud nourrissent les ambitions scientifiques du Nord.L’éthique, les bénéfices locaux, la formation des chercheurs africains — tout cela reste secondaire.Le secret protège les intérêts scientifiques français, tout en imposant un double standard moral : ce qui serait inacceptable à Paris devient possible à Bangui.Mais Opération Bangui ne se limite pas à la critique. C’est une réflexion sur la foi aveugle dans la technique, sur le rôle de l’OMS comme intermédiaire global, sur la manière dont des essais cliniques ont été négociés — ou non — entre Ouganda, Thaïlande, Brésil et Afrique centrale.C’est aussi une interrogation sur le biais racial et genré des politiques de santé mondiale : qui a le droit d’être protégé, d’être informé, d’être soigné ?Un récit à la croisée de l’histoire, de la médecine et de la politique, qui invite à décoloniser la santé mondiale et à repenser notre rapport à la vérité scientifique.Pour aller plus loin David, Pierre-Marie. Opération Bangui: promesses vaccinales en Afrique Postcoloniale. Lux Editeur. 2025.David, Pierre-Marie, Gabriel Girard, et Vinh-Kim Nguyen. Sida et Biocapitalisme; Les Nouvelles Ambiguïtés d’un « monde sans Sida ». 2015. https://www.academia.edu/12483709/Sida_et_biocapitalisme_Les_nouvelles_ambigu%C3%AFt%C3%A9s_d_un_monde_sans_sida_.Dozon, Jean-Pierre. Frères et sujets: la France et l’Afrique en perspective. Flammarion, 2003.Lachenal, Guillaume. Le médicament qui devait sauver l’Afrique: Un scandale pharmaceutique aux colonies. La Découverte, 2014.Le Marcis, Frédéric. « « Traiter les corps comme des fagots » Production sociale de l’indifférence en contexte Ebola (Guinée) ». Anthropologie & Santé. Revue internationale francophone d’anthropologie de la santé, no 11 (novembre 2015). https://doi.org/10.4000/anthropologiesante.1907.Moulin, Anne Marie, Fanny Chabrol, et Ashley Ouvrier. « Histoire d’un vaccin pas comme les autres: les premiers du vaccin contre l’Hépatite B au Sénégal ». In In Vélérie Delauney, Alice Desclaux et Cheikh Sokhna (eds), Niakhar mémoires et perspectives: recherches pluridisciplinaires sur le changement en Afrique, L’harmattan&IRD Editions. Marseille et Dakar, 2018.Musique: "Journey To Ascend" Kevin MacLeod - Licensed under Creative Commons : By Attribution 4.0 License http://crativecommons.org/licenses/by/4.0/Prod: ⁠Les Studios du Sud

  • Waxal ak mane: refaire société par la parole
    by Oumy Thiongane on octobre 9, 2025 at 4:45 pm

    Cet épisode a été enregistré au café Téere ak Teraanga sis au Point E, Dakar.A l’occasion de la journée internationale de la santé mentale, nous avons conservé avec Mlle Fatou Khouma, une jeune étudiante en psychologie, activiste reconnue en santé mentale et fondatrice de l’association « Talk To me » en wolof « Waxal ak mane ».  Partant de son expérience personnelle de malade en butte à l’inaccessibilité et au manque de contextualisation de l’accompagnement en psychologie, Fatou Khouma mène aujourd’hui un plaidoyer pour l’accès à la prévention en santé mentale et aux soins adaptés et moins onéreux pour les patients. Elle attire l’attention sur la formation en psychologie dont les contenus ont été pensés pour la société européenne et où demeurent absents les repères magico religieux des patients. Comment prolonger le soutien psychologique via le numérique en évitant les pièges qu’il prétend combattre à savoir la détérioration de la santé mentale et l'addiction au numérique? Face aux problèmes qui gangrènent notre santé mentale et à l’inadéquation de l’offre en consultation psychologique, la fondatrice de Talk to me propose de nombreuses solutions. Par exemple, elle préconise de récréer des espaces d’écoute autour des Pënc et de prendre en compte des nouvelles sources de la souffrance psychique telle que l'addiction au numérique ainsi que l’évolution d’une société où le public appartient majoritairement au digital natives ceux que l’on appelle la Gen Z. Enfin, elle plaide pour une refondation du parcours universitaire en psychologie, prenant en compte les approches de l’art thérapie et la culture thérapie ou en réhabilitant la praxis du Ndëp.Musique: "Journey To Ascend" Kevin MacLeod - Licensed under Creative Commons : By Attribution 4.0 License http://crativecommons.org/licenses/by/4.0/Prod: Les Studios du Sud

  • Femmes du bois sacré : soigner pour ramener à la lumière
    by Oumy Thiongane on septembre 5, 2025 at 5:45 pm

    Le premier épisode de cette saison 2 de Ndëp a lieu avec Mme Marie Rosalie Coly, la gardienne des terres dite Apoy Etam une des figures reconnues des femmes des bois sacrés de Casamance, membre de la communauté de la haute autorité Lébou. Dans cette conversation au coeur d’un bois sacré les femmes prient en créole, en diola et en bainouk au pied des autels dédiés aux ancêtres tutélaires, elles intercèdent auprès des esprits et d’autorités tutélaires pour réparer les vivants et les promener vers la lumière. Les soins par les femmes des bois sacré qui ont élu comme prêtresse Mme Marie Rosalie Coly sont fondés sur un système divinatoire qui interroge les ancêtres et recueille des signes sur des constituants que nous appelons la nature. Une multitude d’alliances et d’échanges entre humains, défunts, esprits et non humains permettent d’engager un processus thérapeutique sous la volonté de la divinité suprême. Les femmes des bois sacrés luttent âprement pour la sauvegarde de la religion traditionnelle africaine et la pratique de la spiritualité. Elles revendiquent des pratiques métisses qui intégrent des éléments exogènes apportées par les religions abrahamiques et les langues de la Casamance. L’Apoy Etam nous explique l’importance des rituels, du sacrifice, des prières, des chants, des danses, du don de soi et surtout de la sororité pour soigner les maux de la société d’aujourd’hui.Les soins par les femmes ne peuvent se perpétuer qu’en préservant les milieux écologiques dont elles sont les ferventes gardiennes, reconnaitre que la terre est aussi aux femmes, que les forêts et de leur biodiversité fortement menacées doivent être urgemment sous protection de l’état et des communautés. Une condition sine qua non pour que la transmission du patrimoine ancestral africain puisse se perpétuer dans toute sa richesse et sa complexité spirituelle, rituelle, écologique, linguistique et médicinaleMusique: "Journey To Ascend" Kevin MacLeod - Licensed under Creative Commons : By Attribution 4.0 License http://crativecommons.org/licenses/by/4.0/Prod: Les Studios du Sud

  • « La souveraineté ne doit pas être une incantation »
    by Oumy Thiongane on juillet 12, 2025 at 5:10 pm

    Pour cet épisode 9 de Ndëp nous avons eu le privilège de converser avec la professeure Fatoumata Hane de l’université Assane Seck de Ziguinchor. Elle revient sur la polémique suscitée par le numéro spécial qu’elle a coordonné dans la revue Santé Publique, consacré à la colonialité des interventions publiques et à la nécessité de décoloniser la production des connaissances. Dans le champ francophone, le sujet reste sensible, souvent accueilli avec gêne, réticences ou moqueries par les milieux académiques et les ONG.Fatoumata Hane rappelle que dans les dynamiques de coopération internationale, les dimensions raciales et les héritages coloniaux sont souvent passés sous silence, alors qu’ils structurent encore les rapports de pouvoir et les mécanismes d’appauvrissement.Elle interroge la domination des modèles de recherche eurocentrés et extractivistes à travers une question clé :Qui produit les savoirs, pour qui, et depuis quel lieu ?Elle invite les chercheur·e·s africain·e·s à questionner leur positionnement, leur dépendance aux financements extérieurs, et l’alignement des priorités de recherche sur des attentes occidentales, au détriment de l’impact local. Elle appelle aussi les décideurs africains à assumer leurs responsabilités en investissant davantage dans la recherche et la santé.Elle défend une recherche avec, par et pour les communautés, orientée vers le service et la souveraineté, loin des logiques néolibérales de performance. Décoloniser la recherche en santé, dit-elle, c’est construire activement des institutions, des récits et des futurs portés par les voix africaines. BibliographieBallou, Ange-Valerie Meralli. « Matrice coloniale de l’Aide publique au développement française : décoloniser les représentations en droits et santé sexuels et reproductifs ». Santé Publique 37, no 1 (11 mars 2025): 15‑20. https://doi.org/10.3917/spub.251.0015.Caffin, Jean-Hugues, et Fatoumata Hane. « Une décolonisation sous dépendance est-elle possible? » Santé Publique 37, no 1 (2025): 7‑7. https://stm.cairn.info/revue-sante-publique-2025-1-page-7.Dione, Ibrahima Demba, Jean Alain Goudiaby, et Fatoumata Hane. « Des pirogues pour nos malades: penser les dispositifs d’évacuation sanitaire dans les îles au Sénégal ». Anthropologie & Santé. Revue internationale francophone d’anthropologie de la santé, no 29 (2024). https://journals.openedition.org/anthropologiesante/14098.Ka, Abdou, et Fatoumata Hane. « La prise en charge de la vieillesse au sein des familles sénégalaises ». In Politiques publiques, Solidarités et Vieillissement en Afrique, 2016. https://hal.science/hal-02423764/.Meda, Nicolas, Issiaka Sombié, Ibrahima Seck, et Agnès Binagwaho. « La décolonisation de la santé publique en Afrique : quelle place pour les Organisations Non-Gouvernementales du Nord Global (ONGs) ? » Santé Publique 37, no 1 (11 mars 2025): 21‑35. https://doi.org/10.3917/spub.251.0021.Ouédraogo, Samiratou, Lara Gautier, Muriel Mac-Seing, Stella Tine, Myriam Cielo Perez, Kadidiatou Kadio, Rolande Chegno, et Catherine M. Jones. « De-Patriarchalising and Levelling Science for French-Speaking Women ». The Lancet 393, nᵒ 10171 (9 février 2019): e23‑24. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(18)32092-0.Musique: "Journey To Ascend" Kevin MacLeod - Licensed under Creative Commons : By Attribution 4.0 License http://crativecommons.org/licenses/by/4.0/Réalisation: Les Studios du Sud